Au musée de la famille royale, sur le mur blanc où pendent la calebasse et les feuilles rituelles, un cadre doré montre deux hommes côte à côte : le prince Denis Marie Félix Adande Rapontchombo, président de la Cour suprême, et le président de la République gabonaise, Albert-Bernard Bongo, que le pays connaîtra sous le nom d'Omar Bongo. Si la Maison garde ce portrait parmi ses reliques, c'est que l'homme d'État fut aussi, selon la mémoire de la Maison, un initié du Bwiti, la grande voie initiatique du Gabon, fidèle à ses gardiens.

Albert-Bernard, puis Omar
Albert-Bernard Bongo naît le 30 décembre 1935 à Lewaï, dans le Haut-Ogooué, la ville qui porte aujourd'hui le nom de Bongoville. Vice-président en novembre 1966, il succède à Léon M'ba, premier président du Gabon indépendant, le 2 décembre 1967. En 1973, il embrasse l'islam et devient El Hadj Omar Bongo ; il ajoute plus tard à son nom celui de son père, Ondimba. Il gouverne le Gabon pendant plus de quarante et un ans, jusqu'à sa mort à Barcelone le 8 juin 2009.
Deux présidents initiés
Le Bwiti n'a pas toujours eu droit de cité. Combattu par les missions et l'administration coloniale, il a longtemps vécu à l'écart des pouvoirs. L'indépendance change la donne : les deux premiers présidents du Gabon, Léon M'ba puis Omar Bongo, sont tous deux des initiés du Bwiti. Leur initiation a contribué à la réapparition du culte au grand jour et à son acceptation croissante dans la société gabonaise. Le Bwiti cesse d'être pourchassé ; il reste parfois regardé de travers, mais il n'est plus une affaire de clandestins.
Pour Omar Bongo, l'initiation n'a rien d'une contradiction avec sa conversion à l'islam : au Gabon, les voies initiatiques ne se vivent pas comme une religion concurrente, mais comme un chemin de connaissance et une appartenance, qui relient l'initié à ses ancêtres, à sa terre et à ceux qui l'ont initié. Dans la mémoire de la Maison Rapontchombo, Omar Bongo reste un grand bwitiste, un homme qui connaissait les rites et en respectait les gardiens. Sur ce qu'est le Bwiti, voir Qu'est-ce que le Bwiti ?.
Le président et la Maison du roi Denis
Le portrait du musée rappelle un autre lien : celui de l'État gabonais avec la descendance du roi Denis. Le prince Denis Marie Félix Adande Rapontchombo, qui se tient aux côtés du président, a présidé la Cour suprême du Gabon. Que la Maison ait choisi de placer cette photographie dans son musée, au milieu des feuilles rituelles et de la calebasse, dit assez comment elle se souvient de l'homme : comme un chef d'État, et comme un initié qui honorait les lignées gardiennes de la tradition. La lignée du roi Denis au XXᵉ siècle est à retrouver dans l'arbre généalogique de la Maison.
Sources
- Repères biographiques : Omar Bongo, Wikipédia.
- Le portrait du prince Denis Adande Rapontchombo et du président Bongo est conservé au musée de la famille royale, à la Pointe-Denis (voir la Galerie) ; la place d'Omar Bongo parmi les grands bwitistes relève aussi de la mémoire de la Maison Rapontchombo, présentée comme telle.