Trésor · Maison Rapontchombo

« Bene merenti » : la médaille que Rome envoya au roi Denis

Après Londres et Paris, Rome. Parmi les témoignages de gratitude reçus par le roi Denis Rapontchombo figure une médaille envoyée par le pape Grégoire XVI, frappée des deux mots latins « Bene merenti » : « à celui qui a bien mérité ». Dans l'Europe de ce temps, l'Italie n'existe pas encore comme État : celui qui parle depuis Rome, c'est le souverain pontife, et son présent pèse le poids d'une reconnaissance morale autant que d'un honneur diplomatique.

Portrait du pape Grégoire XVI assis sur son trône doré, mozette de velours rouge bordée d'hermine
Le pape Grégoire XVI (1765-1846), gravure d'après Paul Delaroche. Moine camaldule devenu pape en 1831, c'est lui qui condamne solennellement la traite des esclaves en 1839 · domaine public.

Ce qu'est la médaille Bene merenti

La médaille « Bene merenti » est l'une des plus anciennes distinctions pontificales : instituée au XVIIIᵉ siècle sous Pie VI, elle récompense ceux qui ont rendu un service éminent, d'abord militaire, puis de toute nature. Elle n'est pas un ordre de chevalerie : elle est un merci, gravé dans le métal, adressé personnellement par le pape. Que ce merci ait traversé les mers jusqu'à l'estuaire du Gabon, vers un souverain qui n'était pas chrétien de naissance, dit assez la portée du geste.

Gravure : médaille pontificale Bene merenti à l'effigie de Grégoire XVI suspendue à son ruban, tiare et clefs croisées en arrière-plan
La médaille « Bene merenti » à l'effigie de Grégoire XVI, suspendue à son ruban moiré ; derrière elle, la tiare et les clefs de saint Pierre · gravure d'interprétation, Maison Rapontchombo.

Pourquoi Rome regarde vers l'estuaire

Le pontificat de Grégoire XVI (1831-1846) croise l'histoire du roi Denis en deux points. En décembre 1839, par la lettre apostolique In supremo apostolatus, le pape condamne solennellement la traite des esclaves : or c'est cette même année 1839 que le roi Denis arrache à la captivité quatre marins anglais blessés lors de la capture d'un navire négrier, le geste que la reine Victoria récompensa. Aux yeux de Rome, le roi de l'estuaire venait d'accomplir, au bout du monde, exactement ce que la lettre pontificale demandait à la chrétienté : tenir la vie humaine au-dessus du commerce des hommes.

Gravure de Piranesi : la place Saint-Pierre avec sa colonnade, l'obélisque, les fontaines et la basilique, animée de carrosses et de passants
La place et la basilique Saint-Pierre au Vatican, gravure de Giovanni Battista Piranesi (1772) : c'est de cette Rome-là que part la médaille pour l'estuaire du Gabon · Statens Museum for Kunst, domaine public.

Et c'est sous ce même pontificat que les premiers missionnaires catholiques abordent l'estuaire : le père Jean-Rémy Bessieux et le frère Grégoire Sey débarquent au Gabon le 28 septembre 1844 et y fondent la mission Sainte-Marie, accueillis sur des rives dont le roi Denis est le souverain le plus influent. La protection que le roi accorda constamment aux Européens de l'estuaire, missionnaires compris, est attestée par toutes les sources du temps : c'est ce protecteur que Rome remercie.

La biographie de la famille le dit en toutes lettres : le pape Grégoire XVI « lui fit tenir une belle médaille “Bene merenti” pour le remercier de ses bons offices à l'égard des missionnaires catholiques ». La date de la remise n'est pas conservée, mais elle se déduit : après l'arrivée des missionnaires, le 28 septembre 1844, et avant la mort de Grégoire XVI, le 1er juin 1846. La médaille date donc des années 1844-1846.

Le troisième joyau

La chaîne et la médaille en or de Victoria, la médaille « Bene merenti » de Grégoire XVI, et la croix de la Légion d'honneurque Louis-Philippe remit à son fils, le roi Denis II, Louis Denis Marie Félix Adandé Rapontchombo : en quelques années, Londres, Paris et Rome ont honoré le maître de l'estuaire et sa Maison, chacun dans sa langue et selon son usage. La mémoire de la Maison Rapontchombo conserve ces témoignages comme un seul trésor : les joyaux d'un règne qui traita avec les puissances du siècle sans jamais cesser d'être gardien des rites de son peuple.

De Grégoire XVI à aujourd'hui : la succession de Pierre

Un pape ne laisse pas de descendance, mais un siège : depuis Grégoire XVI, quatorze pontifes se sont succédé sur la chaire de Pierre, et Léon XIV est aujourd'hui le treizième successeur de celui qui remercia le roi Denis.

  1. Portrait du pape Grégoire XVIGrégoire XVIpape de 1831 à 1846 · celui qui fit tenir au roi Denis la médaille « Bene merenti »
  2. Portrait du pape Pie IXPie IXpape de 1846 à 1878
  3. Portrait du pape Léon XIIILéon XIIIpape de 1878 à 1903
  4. Portrait du pape Pie XPie Xpape de 1903 à 1914
  5. Portrait du pape Benoît XVBenoît XVpape de 1914 à 1922
  6. Portrait du pape Pie XIPie XIpape de 1922 à 1939
  7. Portrait du pape Pie XIIPie XIIpape de 1939 à 1958
  8. Portrait du pape Jean XXIIIJean XXIIIpape de 1958 à 1963
  9. Portrait du pape Paul VIPaul VIpape de 1963 à 1978
  10. Portrait du pape Jean-Paul IᵉʳJean-Paul Iᵉʳpape en 1978
  11. Portrait du pape Jean-Paul IIJean-Paul IIpape de 1978 à 2005
  12. Portrait du pape Benoît XVIBenoît XVIpape de 2005 à 2013 · renonciation
  13. Portrait du pape FrançoisFrançoispape de 2013 à 2025
  14. Portrait du pape Léon XIVLéon XIVpape depuis 2025

Portraits : Grégoire XVI par Paul Delaroche ; photographies d'Adolphe Braun, Braun et Cie, E. W. Histed, Nicola Perscheid, Michael Pitcairn, De Agostini, Felici et Anefo · Wikimedia Commons, domaine public. Jean-Paul II, photographie de Gregorini Demetrio et Benoît XVI, photographie de Medialpj, CC BY-SA 3.0 ; François, photographie de Jeon Han, Korea.net, CC BY-SA 2.0 ; Léon XIV, photographie d'Edgar Beltrán, The Pillar, CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons.

Sources