Tout commence par une signature. Le 9 février 1839, à bord du brick La Malouine, le lieutenant de vaisseau Édouard Bouët, assisté du capitaine Broquant, passe une convention avec « le chef de la rive gauche de l'estuaire, le roi Kowé-Rapontchombo dit Roi Denis », comportant la cession à la France de deux lieues de terrain. L'acte original est conservé aux Archives nationales d'outre-mer, à Aix-en-Provence.


Le texte de la convention
En 1939, pour le centenaire, la revue Le Monde colonial illustré publie le texte intégral de l'acte sous le titre « Acte de naissance de l'A.É.F. », dans un article de Marthe Savorgnan de Brazza. La convention est signée « du village et dans la case du roi Denis, rive gauche du Gabon », en présence de deux princes :
« CONVENTION passée entre le roi Denis, en présence des princes Petit Denis, fils du roi, et Dolingah, d'une part ; le lieutenant de vaisseau Édouard Bouët, capitaine de La Malouine, et M. Broquant, capitaine au long cours, délégué de la Chambre de Commerce de Bordeaux, de l'autre :
ARTICLE PREMIER. Le roi Denis s'engage à céder à perpétuité à la France deux lieues de terrain appartenant de la pointe Sandy, se dirigeant vers le village du roi et dans toute la largeur de la rive gauche, moyennant les marchandises de traite ci-dessous dénommées : vingt pièces d'étoffe assorties, dix barils de poudre de 25 livres, vingt fusils à un coup, deux sacs de tabac, un baril d'eau-de-vie, dix chapeaux blancs.
ARTICLE II. La France y élèvera toutes les bâtisses, fortifications ou maisons qu'elle jugera convenable.
ARTICLE III. Le susdit roi s'engage à une alliance offensive et défensive avec la France, qui, d'un autre côté, lui garantit sa protection.
ARTICLE IV. La présente convention une fois ratifiée en France, la prise de possession pourra avoir lieu immédiatement.
Fait triple, le 9 février 1839. » Signé : Ed. Bouët, Broquant ; signature du roi (⊕), de Petit Denis et de Dolingah (×) ; vu : Montagniès de la Roque, commandant de la station.
L'article III dit l'essentiel : ce n'est pas une soumission, mais une alliance offensive et défensive entre deux parties, où la France garantit sa protection au roi. L'original est conservé aux Archives nationales d'outre-mer.
Deux détails de l'acte comptent pour la Maison. « Fait triple » : la convention fut établie entrois exemplaires. Et à la croix du roi répond celle de Petit Denis, « fils du roi » selon l'acte, qui signe à ses côtés.
L'acte ne nomme pas son rédacteur. Selon la tradition de la Maison, la convention futrédigée par le roi Denis II, Louis Denis Marie Félix Adandé Rapontchombo, fils du roi, etsignée par le roi Denis Iᵉʳ, Antchouwé Kowé Rapontchombo : c'est sa croix cerclée qui porte la mention « Signature du Roi ».
Le dossier des Archives nationales d'outre-mer (cote FR ANOM 40 COL 436) conserve l'un de ces exemplaires : l'original manuscrit, rédigé à bord de La Malouine, où l'on voit la croix cerclée du roi, les croix de Petit Denis et de Dolingua, les signatures de Broquant et de Bouët, et le visa du commandant Montagniès de la Roque. Une copie mise au propre l'accompagne.








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- La chemise du dossier : « Peuplades africaines · Traités · n° 4 », avec le rapport de Bouët sur la campagne de La Malouine (1838-1839) et le traité du 18 mars 1842 · ANOM, 40 COL 436.
- L'original signé : « Signature du Roi ⊕ », « Signature du P[eti]t Denis × », signatures de Broquant et d'Ed. Bouët · Archives nationales d'outre-mer, FR ANOM 40 COL 436.
- La copie mise au propre, première page : le préambule et l'article premier · ANOM, 40 COL 436.
- La copie, seconde page : « Fait triple le 9 février 1839 », signature du roi ⊕, de petit Denis × et de Dolingua × · ANOM, 40 COL 436.
Voir le dossier aux Archives nationales d'outre-mer, FR ANOM 40 COL 436 ↗
Page|surCe traité fait du roi Denis, comme l'écrira plus tard la presse, « le premier à signer, en 1839, un traité avec la France ». Mais un second épisode, moins connu, attache directement le nom de la famille à la naissance de la future capitale.
Le navire capturé et le village des affranchis
Dans les années 1840, la marine française donne la chasse aux navires négriers sur la côte. Un journal catholique le racontait encore au début du XXᵉ siècle :
« La frégate l'Arèthuse, ayant donné la chasse et capturé un négrier […], débarqua et rendit à la liberté les pauvres noirs, après avoir négocié pour eux l'abandon par le roi Rapondtchombo d'une certaine étendue de terre leur permettant d'y construire un village. »
C'est l'origine du « village des affranchis » : des captifs arrachés à la traite, installés libres sur une terre concédée par le roi. En 1849, lorsque les captifs du négrier Elizia sont établis sur la rive nord, l'établissement reçoit le nom qui dit tout : Libreville, la ville libre. La mémoire familiale et l'historiographie gabonaise retiennent que cette fondation fut rendue possible par les cessions consenties par les chefs de l'estuaire, au premier rang desquels le roi Denis.


Un siècle plus tard, la presse s'en souvient
En 1939 encore, présentant son descendant venu à Paris, un quotidien résumait ainsi le rôle du fondateur : « descendant du roi indigène Denis, lequel, par le traité passé avec le lieutenant de vaisseau Bouët-Willaumez, en 1839, permit à la France de s'installer dans le pays » (Le Républicain du Gard). Et le roi a laissé son nom à la géographie même de l'estuaire : le cap, la pointe et l'île Denis, face à Libreville, où reposent aujourd'hui ses descendants.
En 1950 encore, pour le centenaire de la présence française, Le Figaro écrit que Bouët-Willaumez vint « signer un traité d'amitié avec le chef local, le roi Denis. Dix ans plus tard, Libreville était fondée sous la protection du drapeau français » (voir 1950, le centenaire : le roi Denis dans Le Figaro).


Sources
- Le Monde colonial illustré, 1939, p. 128 : Marthe Savorgnan de Brazza, « Acte de naissance de l'A.É.F. », texte intégral de la convention du 9 février 1839 (Gallica/BnF).
- Convention du 9 février 1839 entre le roi Denis et le lieutenant de vaisseau Bouët : Archives nationales d'outre-mer, cote FR ANOM 40 COL 436 (document numérisé).
- La Croix de Flers et La Libre Parole : récit de l'Arèthuse et du village des affranchis (Gallica/BnF, domaine public).
- Notre librairie : la convention de 1839 signée à bord de La Malouine avec « le roi Kowé-Rapontchombo dit Roi Denis » (Gallica/BnF).
- Le Républicain du Gard, 1939 (Gallica/BnF).
- Sur l'ensemble du règne : André Raponda-Walker, Notes d'histoire du Gabon, 1960, ch. II ; et la page Arbre généalogique.