Le 1er août 1950, Libreville célèbre le centenaire de la présence française au Gabon, et la « première fête de l'Union française ». La veille, à Paris, Le Figaroannonce l'événement en page 6, sous la plume de Jean-Marie Garraud : « Le centenaire de la présence de la France au Gabon sera célébré demain à Libreville ». Cent onze ans après le traité de 1839, le nom du roi Denis ouvre l'article.
Le roi Denis au premier chapitre
Le journaliste remonte à l'origine : « Le 1er mars 1838, une escadre française, comportant notamment la corvette La Triomphante, jetait pour la première fois l'ancre devant l'estuaire du Gabon. Le capitaine de vaisseau de Peraonne rendait une visite de courtoisie au roi Denis Rapotchombo, chef des tribus établies sur la rive gauche de l'estuaire. » Puis vient le traité : « Un an plus tard, le 9 février 1839, le lieutenant de vaisseau Bouet-Willaumetz, commandant La Malouine, signait avec le roi Denis, au nom de Louis-Philippe, un traité par lequel deux lieues de terrain étaient cédées à la France en vue de l'établissement de comptoirs. »
L'article rapporte aussi un détail que l'on ne trouve guère ailleurs : l'inscription de la médaille offerte au roi par la France. « Une médaille avait été frappée, portant sur l'une des faces : “Au roi Denis, témoignage d'estime et de gratitude de la part du gouvernement français” et, sur l'autre face, “Louis-Philippe, roi des Français”. » C'est la médaille de vermeil qui accompagnait la croix de la Légion d'honneur, décernée selon la famille au roi Denis II, Louis Denis Marie Félix Adandé Rapontchombo, fils du roi.

« N'est-ce pas aussi au roi Denis… »
Le journaliste donne la parole à Jean-Hilaire Aubame, député du Gabon à l'Assemblée nationale. Pour lui, la fête de Libreville célèbre avant tout « le libre colloque entre les races » ; il rappelle que le Gabon a été aux côtés de la France pendant la guerre de 1914-1918, puis que l'Afrique-Équatoriale française a incarné la France libre en 1940. Et il conclut par une question qui rend au roi Denis sa place dans cette histoire :
« Si à la dernière guerre, l'A.E.F. incarna la France libre et forma les bataillons désormais légendaires, n'est-ce pas aussi au roi Denis et au lieutenant de vaisseau Bouet-Willaumetz que nous le devons ? »
L'article retrace ensuite les étapes qui suivent le traité : de nouveaux terrains cédés, le blockhaus du fort d'Aumale, là où s'élève aujourd'hui la mission Sainte-Marie, puis, en 1849, les captifs libérés d'un navire négrier par La Pénélope et installés sur la côte du Gabon, dans un village qui prit le nom de Libreville. Ces dates sont celles du journaliste ; les historiens situent aujourd'hui plusieurs de ces traités un peu différemment, mais l'essentiel est là : en 1950, la presse nationale présente encore le roi Denis comme le point de départ de cette histoire.
« De notre envoyé spécial » à Libreville
Jean-Marie Garraud ne s'est pas contenté d'écrire de Paris : il est à Libreville pour les fêtes. Dans Le Figaro des 5 et 6 août 1950, sous le titre « Libreville a fêté avec éclat le centenaire du Gabon », il raconte l'arrivée par le paquebot Brazza, les maisons ocres nichées dans la verdure, les tam-tams et la musique militaire. Et il revient au point de départ : « C'est sur cette côte qu'accostait, le 9 février 1839, un canot de La Malouine, ayant à son bord le lieutenant de vaisseau Bouet-Willaumetz, délégué par le roi Louis-Philippe, pour signer un traité d'amitié avec le chef local, le roi Denis. Dix ans plus tard, Libreville était fondée sous la protection du drapeau français. »
La cérémonie officielle réunit Jacques Fourcade, président de l'Assemblée de l'Union française, et Bernard Cornut-Gentille, haut-commissaire en Afrique-Équatoriale française, petit-fils de l'un des derniers commandants de la marine au Gabon. Le député Aubame y rappelle que le Gabon « entend ne pas être oublié de la métropole », et le journaliste note qu'il l'exprima « très librement dans une cité dont le nom même est un symbole de liberté ».
Au cours de ces fêtes, Jacques Fourcade remet une décoration à une « personnalité gabonaise » que le journal ne nomme pas. La famille la reconnaît : c'est le prince Félix Adandé Rapontchombo, arrière-petit-fils du roi Denis. Cent onze ans après le traité signé par son aïeul, c'est son descendant que la République honore à Libreville.

La couronne montrée au Figaro
C'est pendant ces mêmes journées d'août 1950 qu'un journaliste du Figaro vint interviewer le prince Félix Adandé Rapontchombo, petit-fils du deuxième roi Denis et arrière-petit-fils du fondateur. Sur la photographie gardée par la famille, la couronne est posée sur la table entre les deux hommes, sous le portrait du roi Denis en uniforme. L'envoyé spécial du journal à Libreville était Jean-Marie Garraud : c'est donc très probablement lui que l'on voit de dos. Aux fêtes du centenaire, la couronne du roi Denis était montrée à la presse nationale.

Sources
- Jean-Marie Garraud, « Le centenaire de la présence de la France au Gabon sera célébré demain à Libreville », Le Figaro, 31 juillet 1950, p. 6 : Gallica.
- Le Figaro, 5 août 1950, p. 7, J.-M. Garraud, « Libreville a fêté avec éclat le centenaire du Gabon » : Gallica.
- Archives photographiques de la famille Rapontchombo.