Vue aérienne de la sépulture royale : une rangée de tombes blanches en lisière de forêt, au centre la tombe du roi Denis sur un socle de pierre claire, une tombe couchée en travers devant la rangée et des canons anciens dans l'herbe ; une personne en tenue rouge marche près des tombes

Histoire · Maison Rapontchombo

La sépulture royale d'Iwounwé : ceux qui reposent auprès du roi Denis

C'est le lieu le plus sacré du Domaine. Au bord de la forêt de la Pointe-Denis, une rangée de tombes blanches entoure celle du roi Denis Iᵉʳ, Antchouwé Kowé Rapontchombo, posée au centre sur son socle de pierre claire et marquée d'une croix. Autour de lui reposent ses descendants et leurs épouses : deux rois, des princes et des princesses, et ceux qui, d'une génération à l'autre, ont gardé la terre et les attributs de la Maison.

9 mai 1876 : les funérailles du roi

Photographie de 1862 : le roi Denis assis, couronne à plumes, uniforme brodé à épaulettes, sceptre en main
Le roi Denis Iᵉʳ vers 1862, dans l'uniforme qu'il portera dans la tombe · musée du quai Branly - Jacques Chirac, inv. 70.2008.16.1.82, photographie de Houzé de l'Aulnoit, domaine public.

Le roi meurt presque centenaire, le 9 mai 1876, sur la terre de ses ancêtres qu'il avait refusé de quitter. Il avait lui-même fixé ses funérailles et, contrairement à la coutume des grands chefs de son temps, interdit qu'on sacrifie des esclaves à sa mort. L'historien Elikia M'Bokolo décrit une assemblée sans pareille : les chefs mpongwè, les Fang de la rive gauche, les notables orungu du cap Lopez et les Nkomi du Fernan-Vaz ; à Libreville, les autorités françaises mettent leurs drapeaux en berne et font tirer le canon.

« Revêtu de son grand uniforme de général anglais, le roi Denis Rapontshombo fut inhumé au vieux cimetière d'Iwounwé, entre la pointe Pongara et la pointe Nghomboué, face à l'océan qui lui avait amené les Européens, ses amis. »

Abbé André Raponda-Walker, Notes d'histoire du Gabon, 1960

Ceux qui reposent à Iwounwé

La famille nomme les tombes dans l'ordre où on les voit sur la photographie aérienne, de gauche à droite. Le roi Denis Iᵉʳ est au centre ; à sa droite, donc à gauche sur l'image, son fils, le roi Denis II. La rangée dessine un L : arrivée au bout, à droite, elle tourne et descend vers le premier plan. Une tombe se tient en retrait, derrière celle de la princesse Virginie Ambougou, et une dernière est posée en travers, devant la rangée.

La sépulture royale vue depuis la clairière : la rangée de tombes blanches en lisière de forêt, au centre la tombe du roi Denis carrelée et marquée d'une croix, trois canons blancs devant
La sépulture depuis la clairière : au centre, la tombe du roi Denis Iᵉʳ, sa croix blanche et ses degrés ; à gauche, la tombe posée en travers ; à droite, la rangée qui tourne vers le premier plan · photographie de la Maison Rapontchombo.
Plan de la sépulture, d'après la famille
Plan schématique dans l'ordre donné par la famille, de gauche à droite comme sur la photographie. Survolez ou touchez un nom pour voir sa place.12123456789101113les canons anciensderrière la tombe 6en travers, devant la rangée

Plan schématique dans l'ordre donné par la famille, de gauche à droite comme sur la photographie. Survolez ou touchez un nom pour voir sa place.

La famille rappelle aussi que le prince Onanga Adandé Rapontchombo, fils du roi Denis II et père du prince Denis Marie Félix, repose dans la sépulture.

La tombe posée en travers

La rangée a son histoire, et la famille la raconte. La place qui suit la tombe du roi Denis II revenait au prince Denis Marie Félix Adandé Rapuntchombo, chef de la famille à son époque. Lorsque le prince Henri Adandé mourut, le prince refusa qu'on l'enterre à cet endroit ; la princesse Virginie Ambougou, sa mère, l'avait accepté, et c'est son autre fils, le prince Otoki, qui vint inhumer son frère après le deuxième roi.

Le prince Denis Marie Félix demanda alors à ne plus reposer à Iwounwé, mais au cimetière de Plein-Niger, où la famille possède un terrain. À sa mort, en 1971, son fils aîné Ajax et ses frères décidèrent pourtant de le ramener à la sépulture royale. C'est encore Otoki qui choisit sa place : il posa la tombe à la verticale, parallèle aux autres, pour garder la symétrie de l'ensemble. Normalement, dit la famille, la sépulture devait se fermer à ce niveau ; elle a continué.

Le cimetière de Plein-Niger est l'ancien cimetière de la communauté mpongwè de Libreville, sur la rive droite. Le choix du prince l'aurait donc éloigné de ses ancêtres : la carte montre la distance qui sépare les deux lieux, de part et d'autre de l'estuaire.

Deux rives : Plein-Niger et Iwounwé
Océan AtlantiqueEstuaire du Gabon≈ 12 km à vol d'oiseauCimetière de Plein-NigerLibreville, rive droiteSépulture royale d'IwounwéPointe-Denis, rive gauche5 km© contributeurs OpenStreetMap

Les canons et les panthères

Devant les tombes, trois canons anciens sont couchés dans l'herbe. La famille ne sait pas avec certitude s'ils furent donnés par la France ou par l'Angleterre, les deux puissances qui honorèrent le roi en 1839 et 1840. Leur histoire, elle, s'est transmise de génération en génération : quand le canon des navires européens tonnait dans l'estuaire, les autres rois se cachaient ; le roi Denis était le seul à sortir, pour aller au-devant des Blancs et leur parler.

Devant la tombe du roi Denis, carrelée et marquée d'une grande croix blanche, trois canons anciens peints en blanc, deux d'entre eux coiffés d'un casque militaire
Les trois canons devant la tombe du roi Denis Iᵉʳ, peints en blanc comme les tombes ; deux portent un casque militaire · photographie de la Maison Rapontchombo.

La tradition de la famille y attache un récit. Dans la forêt, une mère panthère sort ; le roi lui parle à l'oreille, et elle fait sortir ses deux petits, qui viennent se placer à gauche et à droite des armoiries du clan Assiga. Pour la famille, ce sont ces deux panthères que l'on retrouve aujourd'hui de part et d'autre des armoiries de la République gabonaise, adoptées en 1963.

« C'est notre histoire. »

Jacques Makaya Zimamo, octobre 2026
Les armoiries de la République gabonaise : un écu vert, jaune et bleu portant un navire, sous un okoumé, soutenu à gauche et à droite par deux panthères noires
Les armoiries de la République gabonaise, adoptées en 1963 : deux panthères noires soutiennent l'écu · dessin original de Louis Mühlemann, Wikimedia Commons, domaine public.

Un lieu vivant

La sépulture n'est pas un lieu figé. Le cérémonial s'y tient chaque année et, pendant l'initiation, on y porte des offrandes en remerciement aux défunts de la famille. En 2015, plus de cinquante rois et chefs traditionnels d'Afrique s'y sont réunis pourl'hommage du 2 août ; en mars 2025, le président de la République gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, est venu s'y recueillir.

Le cortège vers la sépulture royale en mars 2025, ouvert par Jacques Makaya Zimamo coiffé de raphia
Mars 2025 : le cortège vers la sépulture, ouvert par Jacques Makaya Zimamo, coiffé de raphia · image extraite du reportage de Gabon 24.
La tombe du roi Denis en mars 2025 : une gerbe de fleurs blanches et des offrandes posées sur la tombe
La gerbe et les offrandes sur la tombe du roi Denis · image extraite du reportage « Oligui Nguema salue la mémoire du roi Denis Rapontchombo », © Gabon 24.

Chacun des noms de ce plan se retrouve dans l'arbre généalogiquede la Maison, avec ses sources ; la vie du roi est racontée dansAntchouwé Kowé Rapontchombo, le roi Denis Iᵉʳ : une vieet dans le roi Denis selon Elikia M'Bokolo.

Sources

  • Témoignage de la famille : l'ordre des tombes et l'histoire de la rangée, transmis par Jacques Makaya Zimamo et les siens lors de la revue du site, octobre 2026.
  • Abbé André Raponda-Walker, Notes d'histoire du Gabon, Mémoires de l'Institut d'Études Centrafricaines nº 9, Brazzaville, 1960 : l'inhumation du roi à Iwounwé.
  • Elikia M'Bokolo, « Le roi Denis, grandeur et déclin d'un souverain gabonais », Les Africains, Éditions Jeune Afrique, 1977, p. 94-95 : les dernières volontés et les funérailles.