C'est le lieu le plus sacré du Domaine. Au bord de la forêt de la Pointe-Denis, une rangée de tombes blanches entoure celle du roi Denis Iᵉʳ, Antchouwé Kowé Rapontchombo, posée au centre sur son socle de pierre claire et marquée d'une croix. Autour de lui reposent ses descendants et leurs épouses : deux rois, des princes et des princesses, et ceux qui, d'une génération à l'autre, ont gardé la terre et les attributs de la Maison.
9 mai 1876 : les funérailles du roi

Le roi meurt presque centenaire, le 9 mai 1876, sur la terre de ses ancêtres qu'il avait refusé de quitter. Il avait lui-même fixé ses funérailles et, contrairement à la coutume des grands chefs de son temps, interdit qu'on sacrifie des esclaves à sa mort. L'historien Elikia M'Bokolo décrit une assemblée sans pareille : les chefs mpongwè, les Fang de la rive gauche, les notables orungu du cap Lopez et les Nkomi du Fernan-Vaz ; à Libreville, les autorités françaises mettent leurs drapeaux en berne et font tirer le canon.
« Revêtu de son grand uniforme de général anglais, le roi Denis Rapontshombo fut inhumé au vieux cimetière d'Iwounwé, entre la pointe Pongara et la pointe Nghomboué, face à l'océan qui lui avait amené les Européens, ses amis. »
Ceux qui reposent à Iwounwé
La famille nomme les tombes dans l'ordre où on les voit sur la photographie aérienne, de gauche à droite. Le roi Denis Iᵉʳ est au centre ; à sa droite, donc à gauche sur l'image, son fils, le roi Denis II. La rangée dessine un L : arrivée au bout, à droite, elle tourne et descend vers le premier plan. Une tombe se tient en retrait, derrière celle de la princesse Virginie Ambougou, et une dernière est posée en travers, devant la rangée.

Plan schématique dans l'ordre donné par la famille, de gauche à droite comme sur la photographie. Survolez ou touchez un nom pour voir sa place.
La famille rappelle aussi que le prince Onanga Adandé Rapontchombo, fils du roi Denis II et père du prince Denis Marie Félix, repose dans la sépulture.
La tombe posée en travers
La rangée a son histoire, et la famille la raconte. La place qui suit la tombe du roi Denis II revenait au prince Denis Marie Félix Adandé Rapuntchombo, chef de la famille à son époque. Lorsque le prince Henri Adandé mourut, le prince refusa qu'on l'enterre à cet endroit ; la princesse Virginie Ambougou, sa mère, l'avait accepté, et c'est son autre fils, le prince Otoki, qui vint inhumer son frère après le deuxième roi.
Le prince Denis Marie Félix demanda alors à ne plus reposer à Iwounwé, mais au cimetière de Plein-Niger, où la famille possède un terrain. À sa mort, en 1971, son fils aîné Ajax et ses frères décidèrent pourtant de le ramener à la sépulture royale. C'est encore Otoki qui choisit sa place : il posa la tombe à la verticale, parallèle aux autres, pour garder la symétrie de l'ensemble. Normalement, dit la famille, la sépulture devait se fermer à ce niveau ; elle a continué.
Le cimetière de Plein-Niger est l'ancien cimetière de la communauté mpongwè de Libreville, sur la rive droite. Le choix du prince l'aurait donc éloigné de ses ancêtres : la carte montre la distance qui sépare les deux lieux, de part et d'autre de l'estuaire.
Les canons et les panthères
Devant les tombes, trois canons anciens sont couchés dans l'herbe. La famille ne sait pas avec certitude s'ils furent donnés par la France ou par l'Angleterre, les deux puissances qui honorèrent le roi en 1839 et 1840. Leur histoire, elle, s'est transmise de génération en génération : quand le canon des navires européens tonnait dans l'estuaire, les autres rois se cachaient ; le roi Denis était le seul à sortir, pour aller au-devant des Blancs et leur parler.

La tradition de la famille y attache un récit. Dans la forêt, une mère panthère sort ; le roi lui parle à l'oreille, et elle fait sortir ses deux petits, qui viennent se placer à gauche et à droite des armoiries du clan Assiga. Pour la famille, ce sont ces deux panthères que l'on retrouve aujourd'hui de part et d'autre des armoiries de la République gabonaise, adoptées en 1963.
« C'est notre histoire. »

Un lieu vivant
La sépulture n'est pas un lieu figé. Le cérémonial s'y tient chaque année et, pendant l'initiation, on y porte des offrandes en remerciement aux défunts de la famille. En 2015, plus de cinquante rois et chefs traditionnels d'Afrique s'y sont réunis pourl'hommage du 2 août ; en mars 2025, le président de la République gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema, est venu s'y recueillir.


Chacun des noms de ce plan se retrouve dans l'arbre généalogiquede la Maison, avec ses sources ; la vie du roi est racontée dansAntchouwé Kowé Rapontchombo, le roi Denis Iᵉʳ : une vieet dans le roi Denis selon Elikia M'Bokolo.
Sources
- Témoignage de la famille : l'ordre des tombes et l'histoire de la rangée, transmis par Jacques Makaya Zimamo et les siens lors de la revue du site, octobre 2026.
- Abbé André Raponda-Walker, Notes d'histoire du Gabon, Mémoires de l'Institut d'Études Centrafricaines nº 9, Brazzaville, 1960 : l'inhumation du roi à Iwounwé.
- Elikia M'Bokolo, « Le roi Denis, grandeur et déclin d'un souverain gabonais », Les Africains, Éditions Jeune Afrique, 1977, p. 94-95 : les dernières volontés et les funérailles.
